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Covid-19 et hydroxychloroquine : une nouvelle étude préclinique pour faire le point


Une nouvelle étude préclinique, pilotée par IDMIT, présente l’absence d’efficacité antivirale de l’hydroxychloroquine (HCQ) dans un modèle expérimental d’infection par le SARS-Cov-2 (agent responsable de la Covid-19), lors des premiers jours post-infection. Différentes stratégies de traitement ont été testées pour évaluer l’efficacité de la molécule (seule, ou en association avec l’azythromycine) lors de la phase prophylactique et de la phase d’infection du modèle d’étude. Ces résultats, en cours d’évaluation par la revue Nature, sont accessibles en ligne sur la plateforme de prépublication Research Square. Réunissant des scientifiques de l’Inserm, de l’Institut Pasteur, de l’Université de Paris-Saclay, de l’AP-HM, de l’Université Claude Bernard Lyon et Aix-Marseille Université, l’étude a été réalisée sous l’égide du consortium multidisciplinaire REACTing.

Publié le 2 juin 2020

Cette étude, lancée en mars 20201, sous l'égide du consortium REACTing2, visait à évaluer le potentiel effet antiviral in vitro et in vivo de l'hydroxychloroquine (HCQ), en traitement prophylactique et lors des premiers jours après infection contre le virus SARS-CoV-2 (avant l'infection pour réduire la charge virale).

Les chercheurs ont d'abord évalué l'efficacité antivirale de l'hydroxychloroquine in vitro, sur un modèle cellulaire (Vero E6) et un modèle d'épithélium des voies respiratoires reconstituées (MucilAirTM). Ils ont ensuite évalué l'efficacité de la molécule, seule ou en combinaison avec l'azithromycine, versus un placebo chez un modèle primate non humain d'infection par le SARS-CoV-2.

L'étude in vivo s'est faite en deux temps. La première étape avait pour objectif de démontrer la pertinence du modèle animal retenu. Elle a permis de montrer que la maladie observée chez les primates non humains est très similaire à celle observée chez la majorité des patients atteints de la COVID-19 n'ayant pas besoin d'une hospitalisation. La deuxième étape concernait la caractérisation de la pharmacocinétique de l'HCQ, c'est-à-dire l'analyse du comportement de la molécule suite à son administration dans l'organisme pour pouvoir corréler la concentration administrée à l'étude de son absorption, sa distribution et son métabolisme dans l'organisme. Cette analyse permet de s'assurer que l'HCQ atteigne un niveau comparable à celui observé chez les patients humains traités avec la même molécule.

Concernant les différentes stratégies de traitements, elles ont été testées :

  • en prévention (avant l'infection des animaux), 
  • immédiatement après l'infection, 
  • à distance de l'infection (J+5 après l'infection – au moment de l'apparition des symptômes), avec ou sans azithromycine, Des doses différentes de traitement ont également été testées chez certains groupes d'animaux.

Si l'étude a confirmé une efficacité antivirale dose-dépendante de l'hydroxychloroquine in vitro dans des tests conventionnels sur les cellules Vero E6, cette activité antivirale n'a pas été observée dans des tests plus complexes utilisant les cellules d'épithélium respiratoire, et la molécule n'a pas eu d'effet protecteur sur l'intégrité du tissu épithélial infecté.

In vivo, les résultats indiquent que l'HCQ n'a pas protégé les animaux lorsqu'elle était utilisée en prévention de l'infection. Aucune des stratégies n'a par ailleurs démontré d'effet significatif sur les quantités de virus SARS-CoV-2 circulant dans l'organisme par rapport à celles détectées chez des animaux traités par un placebo.

L'étude montre donc que l'HCQ, qui possède des propriétés antivirales dans certains tests in vitro, n'a pas d'efficacité antivirale in vivo dans le modèle primate non humain étudié et ce, dans les conditions spécifiques de ces travaux,  malgré une exposition pulmonaire importante.

Pour autant, cette étude ne permet pas d'évaluer un éventuel effet immunomodulateur de l'hydroxychloroquine, tel qu'il existe pour la prise en charge du lupus ou de la polyarthrite rhumatoïde par exemple. Cette étude préclinique est complémentaire des études cliniques sur l'HCQ. En effet, elle permet de mieux comprendre les mécanismes physiopathologiques du virus SARS-CoV-2 et d'obtenir des informations précises sur la biodistribution de la molécule HCQ dans l'organisme d'un animal modèle, tout en contrôlant de nombreux paramètres dans le respect de la méthodologie scientifique.


Ces travaux ont fait l'objet d'un communiqué de presse.


1 : IDMIT en pointe contre le Covid-19

2 : REACTing est un consortium multidisciplinaire réunissant les partenaires de l'Alliance pour les sciences de la vie et de la santé Aviesan (CEA, CNRS, INRAE, Inria, Inserm, Institut Pasteur, IRD, CPU et Conférence des directeurs généraux de centres hospitaliers régionaux et universitaires) et coordonné par l'Inserm.

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